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Alain PASCAL

La revue du vin de France (novembre 2002)Ce boxeur fait du bien à Bandol

Créateur en 1995 du domaine du Gros'Noré en Provence, cet homme volontaire et intransigeant a une idée bien arrêtée de ce que doit être Bandol.

Il a raccroché les gants de boxe depuis longtemps, mais le fighting spirit est toujours là. À 45 ans et six millésimes, Alain Pascal, créateur du domaine du Gros'Noré à la Cadière d'Azur, dans le Var, marche sur les traces de ses mentors, Henri de Saint-Victor (château de Pibarnon) et jean-Daniel Ott (Domaines Ott), deux ténors de l'appellation Bandol. Avant de voler de ses propres ailes, ce "gars du pays", fort de vingt-cinq ans d'expérience, livrait la cave coopérative et collaborait avec ces domaines prestigieux. « Ils m'ont initié à la qualité et inculqué le goût du travail bien fait, affirme-t-il. Ils m'ont toujours soutenu et conseillé. Par leur expérience, ils m'ont évité bien des erreurs. » Lorsqu'il revient auprès de ses parents en 1977, son père, Honoré (dont le surnom donnera le nom du domaine), lui a déjà " réservé une campagne"de de 3, 5 ha avec une bastide, propriété d'un voisin sans héritier, qu'Alain rachètera pour la modique somme de 122 000 euros en 1989. L'idée de monter son propre domaine mûrit lentement. Mais le nerf de la guerre, c'est d'avoir un capital minimum à investir. Alain propose ses services à droite et à gauche pour se donner de la trésorerie.

En 1995, sous la houlette de son cousin, il construit sa cave : une superbe bâtisse de 700 m². Depuis 1997, il élabore un seul vin dans chaque couleur. « C'est trop facile de trier les raisins et de réaliser plusieurs cuvées de différentes qualités », affirme-t-il. Intransigeant, il écarte les pressées qui ne lui plaisent pas, car « jamais la qualité d'une parcelle ne compense la médiocrité d'une autre ». Lui supervise, son frère, Guy, se charge de toutes les tâches viticoles. Ses vins, il les veut "masculins", les dit «un peu rustres » mais « avec des tanins fins». Avec 13,5 hectares de vigne en production, il n'envisage pas de s'agrandir au-delà de 20 hectares.

"Pourquoi davantage.", interroge-t-i1. "Pour gagner plus d'argent ? Non." Il entend continuer à profiter des plaisirs de la vie et à chasser - c'est sacré - l'hiver, tous les jours, seul avec ses chiens. "Je suis un enragé ", affirme-t-il en montrant son congélateur débordant de gibier. Il aime préparer et partager des mets simples "qu'on ne trouverait pas au restaurant" accompagnés d'un verre de son vin rouge. « C'est une force de la nature, confie jean-Daniel Ott. Il, faut le voir; lorsqu'il débroussaille ses restanques (terrasses) pour replanter de la vigne. Mais sous son allure un peu rustre, il est d'une finesse et d'une intelligence incroyables. Il sent très bien les choses. » Un parler vrai, franc et direct. Il ne lit jamais. II apprend en discutant, en demandant conseil. Ses erreurs l'enrichissent, le " font avancer ". Il déteste ceux qui en savent toujours plus que les autres et viennent à la cave , "en territoire conquis". Il se dit « testard » (teigneux) et ne se démonte jamais. « Je ne lâche pas les marrons, s'entête-t-il. Pas question de vendre au rabais, ni de fournir la grande distribution!» Quitte à connaître des difficultés financières. « J'ai cette force en moi qui me dit "je vais y arriver", continue t-il. De Fait, millésime après millésime, il confirme.

La revue du vin de France (novembre 2002)